Le bruit des sabots résonnait sur les pavés du village d'Obéron. La charrette remplie de breuvage qu'Elfir traînait avec lui le long des routes, s'engouffra sous la porte de la ville, ouverte depuis l'aube.
Le peu de paysans qui étaient sortis, se pressaient dans les échoppes, au passage du vieillard. Elfir ne prêtait jamais attention aux regards qu'il rencontrait sur sa route.
Les histoires qu'il racontait aux enfants lors du marché de la Ste Vita* ne plaisaient pas aux anciens du villages qui prétendent qu'elles attirent la colère des dieux.
On l'appelait le « fils du diable » car il savait lire les augures* et parlait des légendes perdues.
Ils s'installait toujours à la même place : dans un coin retranché du marché près de l'étalage de l'herboriste. Lorsqu'il descella ses chevaux, la cloche sonna.
-« Réveilles-toi, Aléon ! Il est 5h.Aujourd'hui on a du travail. »Cria Elgrind par-dessus la rampe d'escalier.
La cloche avait déjà réveillée le garçon, aussi il fut vite habillé et prêt à partir. En effet, c'était un jour difficile. Il fallait chasser pour une tablée de 30 personnes car demain on mariait sa s½ur, Dénéris.
Le jeune homme ne prit pas le temps de déjeuner et partit directement pour la forêt Atalante, avec son père Elgrind.
Sa chevelure d'un blond cendré volait au vent, quelques mèches en broussailles lui tombaient sur le front. Son teint pale et ses traits fins trompés souvent les étrangers qui le prenaient pour un elfe, bien que tout le monde sachent qu'ils avaient disparu en même temps que les autres créatures magiques. Son veston de cuir léger et sa chemise de coton blanc recouvraient son torse musclé mais fragile de garçon de 16 ans. Bien qu'il soit considéré comme un homme par la tradition, ses parents, eux, le prenait pour un enfant.
Il marchait derrière son père, l'arc bandé, tenant en joue la moindre chose qui bougeait. Il fallait qu'ils ramènent des faisans et au moins une biche ou un sanglier.
Ils s'enfoncèrent tout les deux dans l'obscurité, sous le feuillage épais des ormes.
Cela faisait plusieurs heures qu'ils marchaient car le soleil était haut dans le ciel. Le poids du carnier* rempli de gibier pesait lourdement sur l'épaule d'Aléon. Depuis déjà quelques minutes, le garçon sentait une présence derrière lui. Pas de ces présences rassurantes qu'il percevait d'habitudes dans la forêt, plutôt celle indésirable. L'impression que quelque chose te fixe avec une telle intensité qu'il te brûlerai le cou si il le pouvait. Elgrind avait lui aussi sentit cette présence car il avait allongé le pas, préférant les clairières aux zones obscures.
Alors qu'il entrait dans une clairière ombragée, un bruit de cavalcade attira leur attention. Aléon fit volte-face et ne vit que les yeux rougeoyant de la créature foncer sur lui. Par réflexe, le jeune homme décoche une flèche dans le torse de la bête.
Un cri effroyable retentit dans tout le comté faisant vibré les murs des maisons et fuir tous les habitants de la forêt. Un cri inhumain qui ne pouvait venir d'un quelconque animale vivant dans Atalante. Après ce cri un silence de mort s'installa dans le bois troublait par la respiration haletante des hommes qui courraient vers Obéron, n'osant se retourner et sentant dans leurs nuques les yeux rouge de leur poursuivant leur dévorer la peau.
Ils s'arrêtèrent enfin à la lisière de la forêt étant sur d'être à l'abris. Ils se dirigèrent vers les habitations, n'osant penser de quoi il s'agissait.
Des hurlements sinistres s'élevaient des arbres tandis que les deux hommes rejoignaient hâtivement les premières fermes traînant derrière eux leur maigre butin composé de faisans. Il faudrait égorgé un porc bien que ce ne soit pas là un repas très cérémonieux pour un mariage. Les hommes restaient généralement à la ferme pendant que le cortège présentait les jeunes mariés. Ils préparaient le porc, et le faisait rôtir.
Aléon et son père rejoignirent la ferme et y rentrèrent à pas feutrés. Il était tard et toute la maison dormait, cependant deux assiettes étaient disposées sur la table et la marmite bouillait sur le feu.
Aléon monta l'escalier menant à sa chambre pensant à ce qui c'était passé ce soir. Jamais il n'avait vu d'yeux aussi menaçant, cet animal n'en était pas un, il en était sur.
Le garçon s'approcha de la fenêtre de sa chambre et crut apercevoir deux sphères flamboyantes dans les buissons.
-« Il nous a suivit jusqu'ici ! »Dit-il avec panique mais lorsqu'il se retourna sa vision avait disparu. Il partit donc se coucher
Le soleil pointait à l'horizon lorsque Aléon s'éveilla. Il descendit à la cuisine où toute la famille l'attendait.
-« Salut l'autruche, bien dormi ? »Lui demanda son père
-« Elgrind, laisse-le s'il te plait »Dit Helain en vidant le contenue de la jarre dans un bol pour son fils
-« Merci, maman. » dit Aléon en buvant le lait frais. « Est-ce que Dénéris est prête ? »
-« Elle s'habille avec l'aide de ses cousines. Justement ton oncle et tes cousins vous attendent toi et ton père pour tuer le cochon. »Dit Helain en plumant les faisans de la veille.
-« Nous y allons de suite. »Dit Elgrind en attrapant son fils par le col et le traînant dehors. « Ecoute ! Pas un mot sur ce qu'on a vu hier, compris ! Alors évite de boire trop d'hydromel*. »
Aléon fit signe que oui sans un mot et suivit son père vers la grange
Il passèrent toute la matinée a s'occupé des préparatifs et lorsqu'il fut l'heure de se préparer, le cochon commencé à tourner au dessus du feu.
Le repas commença vers 2 h de l'après midi. Tout le monde était sur la piste de danse improvisé où les jeunes mariés valsés. Ainsi était la tradition.
La fête battait son plein lorsqu'un vent glacial balaya les banderoles de fleurs autour du chapiteau de toile. C'est alors que surgit des buissons, une créature effroyable.
Ces dents luisaient dans le soir autant que c'est yeux de braises. Il avait une crinière rousse d'où sortaient deux cornes grises et pointues. La bête se tenait sur ses membres postérieurs ressemblant à des pattes de fauves mais ses bras étaient humains ainsi que son torse poilu.
Sa bouche s'étira en un rictus qui ressemblait à un sourire lorsqu'il aperçut la mariée.
Aléon dès l'apparition de la bête, était monté à sa chambre prendre son arc et ses flèches. Un cri strident le pressa. Lorsqu'il arriva dehors, la créature tenait fermement sa s½ur entre ses bras. Le jeune garçon prit une flèche et pria pour qu'elle atteigne sa cible et non pas Dénéris à moitié inconsciente.
La flèche se ficha dans le torse du monstre juste au dessus d'une entaille fraîche faites la veille. La bête gémit de douleur avant de lâcher la jeune femme.
Il se jeta sur Aléon les crocs en avant qui l'évita avec agilité. Son adversaire avait, malgré toutes les blessures qu'il lui avait asséné, une certaine rapidité. La bête bondit sur lui une nouvelle fois et le cloua au sol. Tous les invités était apeurés et courraient dans tout les sens.
La créature n'était plus qu'à quelques centimètres du visage d'Aléon lorsqu'il lui murmura à l'oreille d'une voix rocailleuse et profonde :
-« Donnesmoi letalisman ! »
Aléon lui enfonça sa dague dans l'épaule avant que la bête n'ait pu lui dire autres choses. Il poussa un nouveau cri de douleur et s'enfuit dans la forêt à toute allure.
-« C'est malin, tu ne l'as même pas tué ! »S'écria le mari de sa s½ur. Il ne l'avait jamais aimé et c'était réciproque.
-« Mon chéri, est-ce que ça va ? » demanda Helain à son fils
Aléon ne répondit pas et se dirigea vers sa chambre. Il était épuisé et ne pouvait plus parler.
Malgré la prononciation hachée du monstre, le garçon avait tout de même compris son assaillant.
-*Donnes moi le talisman. De quoi parlait-il ? Quel talisman ?*
Aléon avait mal à la tête tout était tellement bizarre depuis quelque temps. Il irait sûrement mieux demain.